Histoire Beaucoup d’histoires commencent par « Il était une fois » En général, elles sont signes de contes de fées à la fin heureuse. C’est pourquoi, il serait malaisé de commencer ce récit par cette formule séculaire.
Tout commence par une nuit de juillet, noire et ravagée par un terrible orage. La noble maison des Daerthe est en émoi : Errilin, la femme du Comte est dans les affres de l’accouchement. Cela fait plusieurs heures déjà qu’on entend ses halètements, entrecoupés par ses cris. Le Comte n’est pas présent hélas, retenu à Dim Lighten, en tant que Chevalier de la Déesse. Aussi, c’est entourée de servantes, mais plus seule que jamais qu’Errilin donne naissance à deux enfants : Aethan et Isaak. Des jumeaux, à la peau d’ébène et aux cheveux de neige. Epuisée, mais encore vaillante, Errilin décida de ne jamais dire lequel des deux était né le premier. Ainsi, accéderait au titre de Comte, celui qui serait le plus méritant…
Quand Davyied put enfin rejoindre sa femme, les jumeaux étaient âgés de 3 semaines. Même à lui, elle ne dit jamais quel était le premier. Il se rangea donc à l’opinion de sa tendre épouse et se résolut à attendre de voir grandir ses enfants. Il aimait profondément Errilin. Il s’était unit à elle alors qu’elle était promis à un autre. Il avait été séduit par sa grande beauté, sa peau noirs et se cheveux blanc, ses yeux bleus et doux, son intelligence et sa bonté. Il en était tombé éperdument amoureux et avait bravé son père pour l’épouser. Des années après, il souriait encore en repensant à leur rencontre. Et voilà qu’elle lui donnait deux fils. Il était béni des Dieux.
Les enfants grandirent aussi semblables physiquement que dissemblables psychologiquement. Comme souvent chez les jumeaux d’ailleurs. Aethan était un enfant plutôt doux et timide, tandis qu’Isaak était bien plus téméraire et violent. L’un aimait les arts délicats comme la musique et la poésie, alors que l’autre préférait le combat et les armes. D’ailleurs Aethan fit vite montre d’un talent inné pour la musique, chaque instrument passant entre ses doigts se transformant en boite à musique à la mélodie divine. Mais ils s’adoraient. Du fait de leur différence de caractère, Aethan considérait Isaak comme son grand frère et l’admirait. Et de son côté Isaak défendait son petite frère et le protégeait.
En vieillissant, il devint vite évident que l’un était fait pour être un diplomate et que l’autre était un guerrier né. Aethan était posé et subtil, très réfléchit et calme. Isaak était plutôt emporté, en proie à de formidables colères et un combattant hors pair. Déjà à 12 ans, la différence était très nette. C’est également à 12 ans que leur petit univers tranquille se brisa.
C’était pendant une froide journée de janvier. Le Comte était partit chasser comme à son habitude et emmena ses deux fils avec lui. Il ne revint jamais de la chasse. Il fut tué par le sanglier qu’il s’était mis en tête de ramener au dîner. En fait, c’est Isaak qui avait voulu l’attraper pour montrer de quoi il était capable. Aethan l’avait suivi. La bête fonça sur le cheval de jeune elfe qui fut désarçonné et tomba lourdement au sol, inconscient. Quand il se réveilla, il était dans sa chambre et sa mère était en pleurs à côté de lui. C’est ainsi qu’il apprit que son père avait lutté contre le sanglier afin de sauver ses fils. Et qu’il était mort, transpercé par une défense aiguisée. Isaak rejeta la faute sur Aethan, arguant le fait qu’il n’aurait jamais du le suivre et qu’il n’avait pas besoin d’un petit chien toujours derrière lui. Et Aethan le crut et prit l’entière responsabilité de la mort de son père sur ses épaules, malgré les démentis de sa mère. L’enfant devint encore plus renfermé, ne s’ouvrant que lorsqu’il jouait de la lyre ou chantait de sa voix d’ange, la musique semblant apaiser son âme tourmentée.
Quelques mois passèrent ainsi et il fut décidé qu’il était temps pour les jumeaux de devenir chevaliers. Ils furent envoyés à Dim Lighten et formés durement. Peu importe qu’ils soient nobles, le traitement était le même pour tous. Aethan l’acceptait sans broncher. Pas Isaak qui supportait mal la discipline. Il était un excellent combattant, mais n’avait pas l’étoffe d’un chevalier aux nobles idéaux. Quand ils eurent 21 ans, Aethan fut fait Chevalier. Pas Isaak. Ce dernier en voulait à son frère et pensait qu’il n’aurait jamais gagné sa place s’il n’avait pas été si étroitement lié au Seigneur de la Chevalerie lui-même. Effectivement, celui-ci avait été intrigué par cet adolescent renfermé et discret, zélé et obéissant. Il avait abordé le jeune elfe et s’était prit d’affection pour lui. Il n’avait jamais eu d’enfants, ne vivant que pour son devoir. Il fit d’Aethan son disciple. Et quand celui-ci fut nommé chevalier, il lui raconta tout, ayant une confiance aveugle en ce jeune homme posé.
Isaak retourna dans la demeure familiale et prit en main le domaine, ruminant sa rancœur à l’égard de son frère. Errilin s’en désolait mais ne pouvait strictement rien faire. Et le temps passa…
En 1832, le Seigneur fut assassiné, ainsi qu’Orphen. Par un étrange hasard, la même nuit, Aethan fut victime d’une tentative d’assassinat. Cela n’avait rien à voir avec la Secte de la Croix. C’était juste une vengeance fraternelle, un acte fratricide. L’assassin tenta de l’étrangler avec un mince filin d’acier, mordant dans la chair et écrasant la gorge. Il étouffait… Un voile rouge tomba sur sa conscience…
Quand il reprit connaissance, il était étendu à terre, la tête bourdonnante et l’esprit confus. Son assassin était figé, une expression de pure terreur sur le visage. Complètement perdu, Aethan voulut appeler à l’aide et remarqua alors avec horreur qu’aucun son ne sortait de sa gorge écrasée. Il souffrait le martyre et n’avait pas du tout idée de ce qui s’était passé. Il regarda son assassin plus attentivement. Il n’était pas mort, mais il semblait incapable de bouger. Comment cela était-il possible ? Aethan voulut lui parler, mais il était impossible pour lui de proférer le moindre son. Cependant, l’homme le comprit, Aethan étant allé poser sa question directement dans son esprit. Et il cueillit la réponse de la même façon. Isaak. Il se laissa tomber à terre, épuisé et meurtri. C’est ainsi qu’on le retrouva, au petit matin, alors que résonnaient déjà les lamentations des fidèles qui venaient de découvrir les cadavres de leurs dirigeants. L’homme était mort mystérieusement.
Aethan ne resta pas dans la cité et partit pour Safren. Il voulait comprendre ce qui s’était passé. Il était en vie, mais sa voix jadis si belle n’était désormais plus qu’un son rocailleux et discordant. Durant 1 an et demie, il apprit à maîtriser son étrange pouvoir : il pouvait immobiliser les gens pour un temps donné, s’insinuer dans leurs pensées. Et surtout, il pouvait s’exprimer sans dire un mot. Pourtant, la vengeance le dévorait. Il se mit en route pour chez lui et tua son frère. Pas comme un chevalier, mais comme un vulgaire assassin. Sa mère en mourut de chagrin.
Désespéré, il résolut de mettre un terme à sa vie. Ceux qu’il aimait étaient morts et il se faisait horreur pour ce qu’il était devenu. Il voulait mourir. Le Destin en voulut autrement. Alors qu’il allait se jeter du haut d’une falaise, il avisa une jeune fille échouée sur la plage. Il ne put faire autrement que d’aller la secourir. C’est elle qui allait mourir. Elle ouvrit les yeux et le regarda. Elle dut lire dans son cœur, car elle murmura :
- « Les apparences sont trompeuses, Chevalier. Tu n’es pas ce que tu sembles être et moi non plus. »
La forme se troubla pour devenir un dragon bleu. Elle avait froid, si froid…
- « Je vais mourir… Mais je ne le veux point. Accepteras-tu de me sauver la vie ? »
Muet d’étonnement, Aethan ne put qu’acquiescer.
- « Lies-toi à moi et tu obtiendras puissance et grandeur et moi, je conserverais la vie. »
Aethan continuait de regarder la massive créature.
- « Et c’est tout ? »
Il grimaça en entendant sa propre voix. Le Dragon le regarda.
- « Donne-moi quelque chose en échange. Donne-moi ta peine, ta haine, ton amour…Donne-moi ton aptitude à charmer ceux qui t’écoutent. »
Et c’est ce qu’il fit. Elle savait qu’il était un musicien aux doigts de fées. Depuis qu’il avait perdu sa voix, il ne pouvait que pincer les cordes de son instrument avec mélancolie. Un vestige de ce qu’il avait été. Et cela, il s’en débarrassa. Plus qu’un don, il renonçait à une partie de lui-même. Difficile de se voir amputé d’une partie de son âme. En renonçant à son talent pour la musique, il renonçait à ce qui lui procurait de la joie et ce qui lui rappelait le doux jeune homme qu’il était. Les simples mots ne permettent pas de mesurer l’étendue de ce sacrifice. Cependant il accepta et se retrouva ainsi lié à la Dragonne. Le Dragon lui redonna du courage et sa fierté. Il reprit conscience de ses devoirs et décida de reprendre son destin et celui de l’humanité en main. Il avait trahi son mentor en fuyant ainsi. Il aurait été nommé Seigneur de la Chevalerie si le précédent en avait eu le temps. Il n’avait plus qu’à reprendre ce qui lui revenait.
Ce fut long et difficile. Il dut prouver à tous qu’il était digne de cet honneur, après une absence de presque deux ans. Une jeune fille l’accompagnait, ombre silencieuse et fidèle qui parlait le plus souvent à la place d’Aethan, se faisant tout simplement sa voix. Elle avait une voix gracieuse et jouait divinement de toutes sortes d’instruments. Et à force de persuasion et de démonstrations de force et de capacités, il fut élu Seigneur de la Chevalerie. Peu sont ceux qui savent par quoi il est passé et il garde jalousement le secret.
Maintenant, il doit prendre ses fonctions, redorer l’image de la Chevalerie et détruire la Secte de la Croix.